Menaces pour la sécurité de la RDC et Burundi : Un député provincial de Shabunda au cœur d’un réseau d’or sale qui alimente le M23.

Un élu sous le double sceau de l’or et de la rébellion
Derrière les bancs feutrés de l’assemblée provinciale du Sud‑Kivu se cache parfois un tout autre visage. Celui de Mukamakama Kisilingi Dominique, député provincial, qui a fait de sa position politique une couverture pour un vaste trafic d’or alimentant directement les rebelles du M23. Suppléant devenu titulaire par le jeu du positionnement, cet homme est aujourd’hui l’un des maillons discrets mais actifs d’un système mafieux qui relie la forêt de Shabunda aux nouvelles autorités de Bukavu et aux camps du M23, en passant par le Burundi voisin, où il s’est réfugié.
Un trône hérité grâce à l’or du triangle Kasanza – Ngoyi – Kitindi
L’ascension de Mukamakama ne doit rien au hasard. Elle est liée à une zone particulièrement aurifère : le triangle Kasanza – Ngoyi – Kitindi, dans le groupement des Ikama‑Kasanza (chefferie de Wakabango, territoire de Shabunda). Cette zone est contrôlée par un homme de main, le général autoproclamé Makindo. Avec son caractère violent, Makindo impose un monopole d’achat d’or en faveur du député national Placide Mukangwa Wenda, dont Mukamakama fut longtemps le premier suppléant. En remerciement de l’aide qu’il a apportée à la collecte du précieux minerai, Placide Wenda le choisit comme successeur au siège provincial. Un pacte aurifère scellé entre deux élus au détriment des populations locales.
Au fil du temps, les jeux de chaises ont permis à des hommes sans foi ni loi comme monsieur Kongolo d’accéder à des postes de responsabilités. Premier suppléant de M. Placide Wenda Mukangwa au niveau provincial durant le mandat 2018‑2023, le même Kongolo est ensuite devenu député provincial en occupant le siège de M. Placide. Tous deux appartenaient au même triangle aurifère Kasanza‑Ngoyi‑Kitindi. Cela revient à dire que M. Placide a transformé ce triangle aurifère en une zone d’intérêt politique, liée à l’exploitation et au commerce illicite de l’or, dans une relation fonctionnelle d’affaires avec le général autoproclamé Makindo.
Double jeu : de Makindo aux M23, l’or traverse les lignes ennemies
Avec l’arrivée du M23 dans la région, le député provincial voit une opportunité de se libérer de la tutelle de son ancien mentor. Il prend contact avec les nouveaux occupants de Bukavu, puis avec leurs réseaux. Dès lors, Mukamakama ne se contente plus d’acheter l’or des creuseurs pour le compte d’un seul maître. Il commence à vendre de l’or directement aux représentants du M23, alimentant ainsi une rébellion classée comme groupe terroriste par plusieurs pays. Cette entente illicite provoque une brouille avec Placide Wenda, ses deux protégés devenus concurrents sur le marché noir du minerai.
Bukavu, plaque tournante du trafic et agence‑écran
Profitant de l’emprise du M23 sur Bukavu, Mukamakama ne quitte plus la ville pendant trois mois. Il y consolide ses contacts et met en place une infrastructure logistique dénommé WAZWA BONI qui signifie littéralement « Tu viens comment » : une agence de transport de colis située à côté du stade des Martyrs, près de l’ancien emplacement de la coopérative. L’agence est gérée par son frère cadet. Officiellement, elle transporte des marchandises entre Bukavu et Kitindi (via Kamituga, Kitutu, Kiziba). Officieusement, elle sert à collecter de l’or auprès des creuseurs et des acheteurs clandestins, à livrer ce métal aux rebelles, puis à rapporter des biens de première nécessité pour les communautés locales. L’or alimente le M23 ; les vivres reviennent aux creuseurs. Un cycle infernal qui finance la guerre.
Double protection : un général des Wazalendo et l’ombre du M23
L’efficacité de ce réseau tient à une protection à deux étages. Dans la zone minière de Kitindi, c’est le général Makindo (un Wazalendo reconnu par le gouvernement mais qui a abandonné le front de Kasika pour garder son contrôle minier) qui laisse passer l’or. Dans la partie occupée par les rebelles, l’agence de Bukavu est tolérée, voire sécurisée, par les hommes du M23. Le député provincial joue donc sur tous les tableaux : il finance l’ennemi officiel tout en étant protégé par un chef milicien officiellement allié de Kinshasa. Une schizophrénie criminelle parfaitement organisée.
Refuge à Bujumbura : Mukamakama croit pouvoir se cacher
Sous la pression des autres députés et de son ancien mentor Placide Wenda, Mukamakama a fini par quitter Bukavu. Mais il ne regagne pas pour autant sa base ni ne se rend aux autorités judiciaires. Il traverse le lac Tanganyika et s’installe à Bujumbura, dans le quartier populaire de Kituro ya Kwanza, avec sa famille. Il y vit discrètement, persuadé d’être hors d’atteinte des services de sécurité burundais et congolais. Or, de cette cachette, il continue probablement à diriger à distance son réseau, donnant des instructions à ses deux frères restés sur place.
Une menace directe pour le Sud‑Kivu et Bujumbura
Les activités de Mukamakama ne se limitent pas à financer une rébellion. Elles constituent un risque sécuritaire grave pour l’ensemble de la région. D’une part, l’or qu’il fait transiter contribue à équiper le M23 et à prolonger le conflit dans l’est de la RDC, y compris dans la partie sud du Sud‑Kivu (Uvira et Fizi) encore sous contrôle gouvernemental. D’autre part, sa présence à Bujumbura, ville frontalière proche des zones de combat, en fait un point de connexion potentiel entre les réseaux criminels congolais et burundais. Un homme capable d’acheminer de l’or en zone rebelle peut également faciliter le passage d’armes, de combattants ou d’autres flux illicites.
Les autorités burundaises doivent agir vite
Par sa double casquette, élu provincial congolais et résident clandestin au Burundi, Mukamakama Kisilingi Dominique est dans une situation juridique floue. Il ne bénéficie d’aucune immunité sur le sol burundais. Les services de renseignement et la police judiciaire du Burundi disposent d’éléments suffisants pour procéder à son arrestation : ses liens avérés avec un groupe terroriste (M23), son implication dans le trafic transfrontalier d’or, et le fait qu’il dirige depuis Bujumbura une agence‑écran à Bukavu. Le laisser agir librement, c’est prendre le risque de voir Bujumbura devenir une arrière‑base logistique pour d’autres trafics liés aux groupes armés de l’est de la RDC.
Mettre fin à l’impunité d’un élu devenu criminel
Les habitants de Shabunda, de Bukavu et des villages miniers du Sud‑Kivu subissent chaque jour les conséquences de ces réseaux : violence des groupes armés, économie de prédation, absence de services publics. Que leurs élus participent à ce système est une trahison. Le député Mukamakama doit répondre de ses actes. Les autorités judiciaires et policières du Burundi, de la RDC et de la communauté internationale ont désormais le devoir de localiser cet homme, de l’arrêter et de démanteler son réseau. L’or ne doit plus servir à financer la guerre, et un mandataire du peuple ne saurait rester impunément un allié des rebelles. Le temps de l’omerta est révolu.
